Les 16èmes Journées Scientifiques de la Société d'Ecologie Humaine

Bordeaux, 1er- 3 décembre 2004


APPEL A CONTRIBUTIONS

Risques et industrie

Pratiques quotidiennes des risques industriels

 

 

 

La Société d'Ecologie Humaine réfléchit depuis 16 ans aux relations entre les populations humaines et leur environnement. Elle consacrera ses 16èmes journées scientifiques aux pratiques quotidiennes des risques industriels.

Ces journées auront lieu du mercredi 1er au vendredi 3 Décembre 2004 à Bordeaux et sont organisées en collaboration avec le DESMID (UMR 6012 ESPACE) et le laboratoire Sociétés, Santé, Développement (UMR 5185 ADES). Elles s'adressent aussi bien à la communauté scientifique (chercheurs et doctorants de toutes disciplines) qu'aux acteurs (professionnels, membres de la société civile, experts, etc.) des risques industriels.

 

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L'activité industrielle apparaît comme une forme particulièrement sophistiquée et extrême d'intervention de l'homme sur son environnement. Après s'être adapté pour vaincre l'aridité ou le froid, il a commencé à tirer profit des diverses ressources disponibles pour enfin développer celles de l'agriculture et de l'élevage. Avec l'industrie, il va chercher non seulement à modifier, mais aussi à contraindre et maîtriser son environnement, pour satisfaire des besoins sans cesse renouvelés. Dans la société industrielle, l'homme invente, innove, sans toujours se soucier - ou du moins prendre en compte - les conséquences de processus de production de plus en plus complexes, modifiant toujours et plus son environnement.

Les modifications ainsi engendrées ne sont pas sans conséquences : que l'on songe à l'effet de serre, à Tchernobyl ou à une échelle plus restreinte, aux dangers de l'amiante, mais aussi aux maladies « industrielles » que peuvent être la légionellose ou les troubles musculosquelettiques.

La société industrielle produit des risques sanitaires, et plus globalement environnementaux, voire même des risques pour l'Humanité qui, peu à peu, remettent en cause des choix industriels, économiques et politiques, des modèles de développement ou de société.

La notion de risque présente un caractère polysémique et historique. Tous les acteurs sont loin de s'accorder sur le concept. Pendant longtemps, le risque a été considéré comme un phénomène objectif qui pouvait être calculé et mesuré avec des statistiques. Puis une autre approche a développé l'idée d'un risque inscrit dans la culture dont il est issu, considérant un risque subjectif c'est-à-dire construit par les populations. Enfin, des approches contemporaines ont mis l'accent sur l'idée que le risque est constitutif de nos sociétés.

De fait, un même risque renvoie à une multitude de visions du monde. Quelle que soit l'échelle à laquelle l'analyse est effectuée, ce sont les acteurs eux-mêmes qui définissent la réalité de ce risque. Ils le « construisent » mentalement, le dénoncent ou non, discutent sa réalité et négocient sa légitimité, le côtoient quotidiennement ou tentent de le faire disparaître.

Les processus de construction des risques industriels sont fonction des positions que les acteurs occupent par rapport à l'activité, mais pas seulement. Ces risques recouvrent différentes significations et ont des incidences qui ne sont que partiellement étudiées notamment dans leur dimension quotidienne. Par exemple, le risque industriel - comme tous les risques - s'inscrit dans un ensemble de risques qui sont hiérarchisés et, dans cet ensemble, les risques économiques semblent occuper une place importante. C'est à cet ensemble de risques hiérarchisés qu'il convient de s'intéresser pour appréhender la construction du risque industriel par une catégorie d'acteurs et les négociations auxquelles ce risque donne lieu.

 

L'objectif de ces journées est de comprendre le processus par lequel les risques industriels sont construits, appréhendés et intégrés ou exclus du quotidien. Comment les acteurs cohabitent avec ces risques, comment leurs existences et leurs conséquences sont pensés dans le long terme, individuellement et collectivement.

 

Les contributions proposées pourront aborder soit des questions générales concernant les risques industriels &endash; leurs spécificités, leurs constructions au Nord comme au Sud &endash; soit des exemples concrets de processus industriels générateurs de risques et les problèmes qu'ils ont suscités en fonction des acteurs engagés dans cette problématisation. Des communications mélangeant les deux sont bien entendu souhaitées.

 

Trois temps de ce processus de construction des risques industriels seront retenus.

 

1. La mise en alerte

Des « lanceurs d'alerte » aux controverses qu'ils suscitent, la dénonciation des risques et les manières dont ils investissent l'espace public ou sont gérés par la sphère politique sont les aspects qui ont donné lieu aux écrits les plus nombreux. Ils renvoient directement à la démocratie technique, à la décision politique, à la responsabilité en matière de risques majeurs et ces perspectives ne sont pas épuisées.

La dimension diachronique est ici essentielle dans la mesure où un objet de risque n'est pas élevé rapidement au rang de danger. Par exemple, le premier rapport d'un médecin du travail, signalant un nombre élevé de problèmes respiratoires dans une usine textile dont les employés manipulent de l'amiante, date de 1909. Or il faudra attendre 1997 pour qu'elle soit interdite de vente en France. De la même manière, l'amiante n'est pas l'objet de mesures universelles. Interdite ici, l'exploitation de la fibre est autorisée ailleurs. Sa production est acceptée dans certains pays alors que son utilisation ne l'est pas.

D'autres substances, reconnues dangereuses par la communauté scientifique et le politique font l'objet de demi-mesures. C'est le cas de certains éthers de glycol dont l'usage est interdit chez les professionnels, mais pas dans le cas d'une utilisation domestique.

2. La vie quotidienne au cœur et autour des sites dangereux

Là encore, il n'existe pas d'unanimité sur la réalité du risque. Pour un même site, certains acteurs se mobiliseront pour son arrêt alors que d'autres continueront d'y travailler, créant une culture autour du risque (vocabulaire, pratiques, etc.), gérant au mieux - collectivement et individuellement - les conséquences d'activités dangereuses qu'ils expérimenteront dans leur chair.

A ce stade, des questions subsistent quant à la quotidienneté du danger, aux fonctionnements des groupes et aux pratiques mises en œuvre au sein et autour de sites reconnus dangereux.

3. Les fermetures de site et la gestion du futur

Les risques &endash; et les dangers qu'ils sous-tendent &endash; sont loin d'être tous traités lors de la fermeture des sites. Ils peuvent être appréhendés au moment de la localisation du site. C'est ainsi que les pays du Sud sont utilisés comme lieu d'accueil d'une industrie particulièrement polluante. Ils offrent l'avantage de ne pas appliquer de contraintes réglementaires et législatives en matière de danger industriel et, bien entendu, en matière de sécurité au travail. Ce sont alors non seulement les employés de ces sites mais aussi les populations vivant autour qui seront les premiers pénalisés.

Certaines industries peuvent anticiper leur fin et mettre au point des procédures leur permettant de dépolluer à moindre coût ou bien d'autres préfèrent laisser leur site en l'état, malgré les législations contraignantes existantes ou tardent à mettre en œuvre des processus coûteux et parfois complexes d'un point de vue technique.

Dans ce cadre, les questions susceptibles de faire l'objet de communication sont les suivantes :

 

Thème 1 La mise en alerte

Analyse des processus sociaux de catégorisation du risque

Statut et influence du discours scientifique dans le processus de catégorisation

Effets de pouvoir dans les controverses et légitimités des discours

Création de nouveaux espaces autour du risque

Effets créateurs du risque en termes :

- structurel (associations, regroupements de communes, recomposition rural/urbain)

- politique (mouvement écologiste, nouveaux acteurs locaux, etc.)

- économiques (création d'activités spécialisées)

 

Thème 2 La vie quotidienne au cœur et autour des sites dangereux

Construction positive de l'activité industrielle au détriment du risque

Organisation du travail autour du risque (procédures, législation, rémunération, etc.)

Réappropriation par les individus et/ou les collectifs de travail, organisés ou non

Cultures du risque (valorisation d'actes dangereux, vocabulaire du risque, limites, etc.)

Protection par rapport au risque :

- mesures (fixation des normes et conception des procédures)

- acteurs (individus, collectifs de travail, métiers, qualifications requises)

- moyens disponibles et contraintes existantes

Interaction idéologies/risques

 

Thème 3 Les fermetures de site et la gestion du futur

Délocalisation du risque

Prospective du risque industriel

Fermeture : gestion des ressources humaines et prospectives des conséquences du risque

Effets destructurants et structurants (friches, reconversions industrielles ou culturelles, etc.)

Mémoires des sites, mémoires des risques (acteurs de la mémoire, formes du souvenir)

 

 

 

Renseignements pratiques

Les intentions de communication (une page maximum) seront adressées (par courrier ou par mail) aux organisateurs avant le 15 septembre 2004 et les textes (40 000 signes maximum) pour le 17 novembre 2004. Les textes issus des journées seront publiés ultérieurement sous la forme d'un ouvrage collectif aux Editions Edisud.

 

Les organisateurs scientifiques

 Françoise Lafaye, fralafaye@hotmail.com, Tél. 05 57 57 15 59

Dominique Durand, dominique.durand@orange.fr, Tél. 06.08.09.90.43

 

Adresse postale :

Françoise Lafaye, SSD - UMR 5185 du CNRS ADES

Case 71, Université Victor-Segalen, Bordeaux2

146 rue Léo-Saignat 33076 Bordeaux cedex, France

Tél 33(0)5 57 57 15 59 - Fax 33 (0)5 56 51 85 64

email : ssd@u-bordeaux2.fr

 

Comité d'organisation :

Eduardo Britto Santos, Bernard Chanfreau, Charles Cheung, Catherine Dumora, Marie-Dominique Ribéreau-Gayon, Francis Ribeyre, Nicole Vernazza.

 

Comité scientifique (en cours)

S.C. Abéga (anthropologue, Yaoundé), R.J. Assako (géographe, Douala), Daniel Bley (anthropologue biologiste, Bordeaux), Simon Charbonneau (juriste, Bordeaux), Daniel Compagnon (politologue, Bordeaux), Guy Di Méo (géographe, Bordeaux), Jean Dos Santos (chimiste, Bordeaux), Maryse Gaimart (démographe, Bordeaux), Michel Lesbats (biologiste, Bordeaux), Pascal Millet (biologiste, Bordeaux), Philippe Mioche (historien, Aix-en-Provence), Dominique Pécaud (philosophe, Nantes), Bernard Picon (sociologue, Arles), Marie-Gabrielle Suraud (SIC, Toulouse), Alain Simoncini (médecin, Marseille), Annie Thébaud-Mony (sociologue, Paris), Françoise Zonabend (anthropologue, Paris).

Sous réserve d'acceptation : Michel Callon (sociologue, Paris), Claude Gilbert (politologue, Grenoble), Pierre Lascoumes (politologue, Paris), Gaspar Mairal Buil (anthropologue, Saragosse), Amalia Signorelli (anthropologue, Naples) Peter Simmons (sociologue, East Anglia), Pierre Trinquet (ergologue, Marseille)

 

Soutiens (en cours)

CNRS (UMR 5185 et 6012), SSD/ADES (Universités Bordeaux2&3), IUT département HSE (Bordeaux 1), DESS gestion des risques dans les pays du Sud (Université Bordeaux 4), S3Pi, Certificat International d'Ecologie Humaine, Revue Industrie en Provence, Mutuelles des Fonctionnaires des Collectivités Territoriales, Mutuelle Générale de l'Equipement et des Territoires, Caisse des Dépôts et Consignations (branche prévention).

 

 

Dernière version de l'appel à contributions : ICI (fichier.doc)